Les aventures du manuscrit après soumission

Que se passe-t-il pendant les 12 semaines qui peuvent s’écouler avant que vous receviez une réponse? 

Que peut bien subir votre manuscrit pendant tout ce temps? Qui décide de refuser votre manuscrit le cas échéant, et pourquoi? Est-il juste qu’on vous demande de modifier votre texte sans vous garantir qu’on l’éditera? 

Dans cet article, je réponds à toutes ces questions et plus encore! J’espère que cela vous aidera à patienter plus sereinement en attendant notre réponse, ainsi qu’à mieux la comprendre.

Les premières 72 heures

Dans les consignes de soumission, j’ai noté que je pouvais prendre jusqu’à 72 heures avant d’accuser réception de votre manuscrit. C’est parce que je ne travaille pas tous les jours et, notamment, pas (trop) le weekend. Si vous envoyez votre manuscrit vendredi après-midi, je veux avoir jusqu’au lundi pour m’en occuper tranquillement.

En outre, ça me donne le temps d’ouvrir et de vérifier chacun de vos documents. Ainsi, je peux non seulement vous confirmer que je les ai reçus, mais que tout est beau à première vue. Il se peut même que je lise votre synopsis. Si je m’aperçois que vous n’êtes pas dans la ligne éditoriale, je vous le signalerai sans autre tergiversation. Mais, si je n’en suis pas sûre, je vais toujours vous donner le bénéfice du doute et consulter votre manuscrit.

Y a-t-il un comité de lecture chez Laska?

Si vous passez ce premier contrôle, votre manuscrit est directement remis à une éditrice (pour l’instant, moi).

Je travaille sans comité de lecture, car je juge que c’est une étape superflue. D’expérience, aucun texte ne fait l’unanimité; c’est de toute façon à la responsable éditoriale de trancher. Inversement, même un manuscrit plébiscité par un comité de lecture pourrait n’intéresser aucune d’entre nous.

Or, je tiens à ce que l’éditrice qui va porter le projet et travailler dessus avec l’auteur·ice y croie à 100 %.

Lorsque nous serons une équipe, un manuscrit prometteur pourra donc passer entre les mains de plusieurs éditrices afin de trouver celle qui lui conviendra le mieux. En revanche, il ne sera pas lu par des personnes extérieures.

Une fois entre les mains de l’éditrice

Si j’exige les manuscrits dans un format modifiable et interopérable (DOC, DOCX, ODT — pas de PDF ni de formats réservés aux produits Apple), c’est pour deux raisons.

La première, c’est que, si je l’accepte, je l’aurai déjà dans le format requis pour les futures corrections. C’est à la fois une garantie et un gain de temps. Lors de la réception, je peux également vérifier dans un logiciel de traitement de texte que votre compte de mots est bon.

La seconde raison, c’est qu’il m’est facile de convertir un tel format en HTML, puis en format ebook. Cela me permet lire votre manuscrit sur ma liseuse, ce qui est de loin le plus pratique et le plus confortable pour moi.

Raisons d’un refus

En principe, je vais lire au moins 25 % de votre manuscrit. Si j’en lis moins, c’est qu’un problème rédhibitoire a stoppé ma lecture avant : trop de fautes de syntaxe, ou un élément trop contraire à mes valeurs. Mais je sais aussi qu’un début lent ou maladroit n’est pas toujours représentatif de la suite, et ça ne coûte souvent pas grand-chose de pousser jusqu’au quart.

À cette portion du texte, toutefois, j’estime en avoir assez lu pour juger si :

  • Le style est trop fautif, lourd ou maladroit;
  • Le texte promeut des valeurs ou des croyances auxquelles je suis opposée;
  • L’histoire n’a pas réussi à m’intéresser suffisamment pour que je veuille découvrir la suite.

Il arrive néanmoins que je lise certains manuscrits jusqu’au bout, et décide tout de même de ne pas les éditer.

Cela signifie que je reconnais leurs qualités, mais qu’ils ne sont pas pour moi, qu’ils n’ont pas fait battre mon cœur — et c’est bien souvent une simple question de goût et de sensibilité personnelle.

Or, comme je l’ai déjà dit, je pense qu’un bon manuscrit mérite d’être édité par quelqu’un qui l’aimera et le défendra à 100 %… chez Laska ou ailleurs.

Il est possible que j’explique brièvement mon refus dans ma réponse, mais je préfère ne pas créer d’attente. Formuler la raison d’un refus de manière à ce qu’elle soit bien reçue est tout un art, et je ne veux pas me contraindre à l’exercice si je n’en ai pas le temps, l’énergie ou l’intérêt.

photo bicolore avec éléments décoratifs d'un stylo plume sur un cahier

Réécrivez-le et resoumettez-le-nous

Le deuxième cas de figure, c’est lorsque l’histoire correspond parfaitement à ce que j’aime et veux publier… avec quelques mais. Il y a un ou plusieurs problèmes de fond qui rendent le manuscrit non publiable en l’état; en tout cas, plus faible que ce que, personnellement, j’attends d’un texte avec un tel potentiel.

Je ne vous proposerai donc pas de contrat d’édition, mais des pistes pour améliorer votre manuscrit. Alors, devriez-vous accepter de le réécrire selon mes exigences, sachant qu’il n’y a aucune garantie de contrat derrière?

Évidemment, la décision vous appartient. Mais voici ce que vous devez savoir :

Ma perspective d’éditrice

Vous expliquer ce qui pèche dans votre texte et comment y remédier, d’une façon qui soit à la fois claire et diplomatique, demande du temps et du travail — à priori non payé. Si j’ai pris la peine de le faire, ce n’est pas juste par générosité, mais parce que votre manuscrit m’a plu, m’a touchée et m’a donné une réelle envie de l’éditer.

Et puis moi non plus, je n’ai pas de garantie dans cette histoire! Pour ce que j’en sais, vous pourriez utiliser mon travail et en faire profiter une autre maison d’édition… Mais je choisis de miser sur votre bonne foi, et sur votre intérêt réel à travailler avec moi.

Pro tip : Si vous n’avez pas confiance en une maison d’édition, vous ne devriez pas signer de contrat avec elle. Prenez le temps de vous renseigner sur les personnes qui y travaillent, la façon dont elle fonctionne, l’expérience qu’y ont vécue les auteur·ices édité·es là.

À ce propos, on ne peut pas toujours savoir à quoi s’attendre avant un premier échange. Si mon retour vous fait réaliser que je ne suis pas l’éditrice qu’il vous faut — parce que vous n’êtes d’accord avec aucune de mes suggestions —, je ne vous en voudrai pas. Et, pour la même raison, comprenez que je veuille m’assurer que vous soyez capable d’effectuer les modifications demandées avant de m’engager à vous éditer.

OUI!!!

J’ai eu le coup de cœur pour votre roman, et je l’aime assez comme il est pour risquer de l’éditer tel quel — je rappelle que, légalement, la maison d’édition ne peut rien modifier sans l’aval de l’auteur·ice (excepté l’orthographe et la typographie).

Pour autant, même dans ces conditions, je veux poser les bases d’une collaboration saine et constructive, et nous ménager une dernière porte de sortie. Alors, tout en vous proposant un contrat, je prendrai le temps de discuter avec vous :

  • Des petites modifications qui vous attendent lors des corrections éditoriales;
  • Des différentes clauses et conditions du contrat, et de ce qu’elles signifient;
  • D’un plan de promotion basé sur nos moyens, intérêts et compétences respectives.

Et quand je dis « discuter », il s’agira bien d’un dialogue, et non d’un monologue auquel vous serez censé·e acquiescer. J’aurai certes mes limites et mes demandes non négociables, comme vous aurez les vôtres. Cependant, là encore, si vous êtes aussi enthousiaste que moi à l’idée de notre collaboration, je suis sûre que nous saurons trouver un terrain d’entente.

Alors, est-ce que tout cela prend 12 semaines? Non, bien sûr. Mais je préfère prévoir large, car l’examen des manuscrits est un travail que je ne peux pas organiser à court terme, puisqu’il dépend de la quantité de textes que je reçois. Et, en ce moment, ce n’est vraiment pas beaucoup… Alors, avis aux intéressé·es : je suis prête à vous lire!

Article écrit par

Jeanne

Éditrice engagée et multipassionnée.