La nouvelle identité visuelle de Laska : des <i>tone words</i> au design

Bienvenue sur le site rénové des Éditions Laska! 

Il se peut qu’il change de nouveau dans les prochains mois, puisque Laska est toujours en cours de transformation (plus d’explications ici). En attendant, je suis satisfaite d’avoir enfin une identité visuelle qui symbolise ma vision pour Laska… et pas qu’un peu fière de l’avoir conçue moi-même! 

Pourtant, je ne suis pas designer. Mais j’ai pris le temps d’apprendre, tout simplement! Et, parmi tout ce que j’ai lu, testé, analysé au cours de ces derniers mois, le concept qui m’a le plus aidée et guidée dans le processus, c’est celui des « mots tonals » (tone words en anglais).

Qu’est-ce qu’un mot tonal?

Un mot tonal est un nom ou un adjectif qui exprime une qualité, une atmosphère ou un style que vous voulez véhiculer via votre design — et, plus largement, via votre communication. En général, on travaille avec 3 à 6 mots tonals : en-deçà, votre identité risque de ne pas être assez définie; au-delà, il devient difficile de tous les intégrer dans un ensemble clair et cohérent.

Au fond, quoi d’étonnant pour une éditrice que d’avoir eu besoin de passer par des mots pour comprendre le design?

Pour autant, choisir lesquels allaient représenter Laska n’a pas été chose aisée! Ci-dessous, je vous raconte les principaux écueils que j’ai rencontrés, et les intuitions qui m’ont permis de parvenir à ma décision finale.

5 trucs à faire… et à ne pas faire

1 Visualiser le résultat…

Un bon mot tonal est un mot qui évoque un visuel.

Si j’aime l’idée d’un mot, mais que je ne vois pas comment le traduire de façon graphique, ce n’est pas un mot qui me sera utile. Par exemple, j’ai fini par abandonner le mot nerdy pour cette raison!

J’ai aussi constitué tout un mood board et une palette à partir de 5 mots tonals… pour me rendre finalement compte que, quoique le résultat me plaisait, ce n’était pas l’image que je souhaitais que Laska renvoie. J’ai donc fait beaucoup d’aller-retour entre mes mots et le design concret qu’ils m’inspiraient, et je n’ai pas hésité à modifier mon choix de mots lorsque le résultat ne me convenait pas.

2 … mais ne pas fantasmer une identité qui n’est pas SOI

Parfois, ma créativité va trop loin... ou, au contraire, reste trop conservatrice.

Je peux avoir de très bonnes idées de design dans l’absolu, mais, si elles ne correspondent pas au contenu réel de Laska, à un esprit que je suis capable d’incarner jour après jour… Alors, mon identité visuelle ne fonctionnera pas. J’ai dû m’empêcher de privilégier ce qui plairait au public, mais aussi trancher parmi tout ce qui me plaisait, afin de trouver ce qui était véritablement MOI.

Ainsi, au départ, comme Laska était orienté « romance », il m’avait semblé naturel d’envisager les mots romantique et sensuel. Avant que je me rappelle que je n’étais pas une personne très romantique, ni spécialement sensuelle… LOL J’ai beau admirer ces qualités chez les autres, je risquerais surtout de décevoir le public en les lui promettant.

Aperçu d'un mood board

Aperçu d’un mood board que j’ai finalement décidé de ne pas utiliser pour Laska

Note : Laska ne contient évidemment pas tout de moi, car tout n’est pas pertinent à son activité — l’édition de livres de fiction! Et je savais que je devais trouver un compromis entre : 1) une identité assez ouverte et discrète pour inclure les autres auteur·ices et tous nos livres, et 2) un style et un ton dans lesquels j’aurais de la facilité à me glisser lorsque je communiquerais au sujet de Laska.

3 Ne pas avoir peur des combinaisons inhabituelles…

Un autre aspect des mots tonals que j’adore, c’est la façon dont ils se combinent pour créer quelque chose d’unique!

En effet, chaque mot, pris individuellement, a tendance à nous évoquer des visuels cliché : c’est même obligatoire, si l’on veut qu’ils évoquent la même chose dans l’esprit du public. C’est en mélangeant ces clichés, en mettant en avant leurs intersections, que l’on peut obtenir un résultat original. Plutôt que de fuir les contrastes, j’ai donc accepté de les considérer comme autant de défis créatifs!

4 … mais ne pas trop s’éparpiller non plus

Bien sûr, un défi créatif peut aussi devenir une équation insoluble!

Comme je l’ai dit plus haut, je voulais que l’identité visuelle de Laska reste assez versatile pour que chacune de nos publications s’y insère harmonieusement. Or, je n’avais même pas songé à exprimer ce critère par un mot tonal. Alors que c’est exactement le rôle de ces mots, non?

J’en ai donc remplacé un par minimalisme — une valeur qui me parle assez par ailleurs. Cela a tout changé! J’ai pu éliminer du processus toutes mes envies et idées superflues, et arriver assez rapidement à un design beaucoup plus lisible.

5 Explorer les nuances

Parfois, ce n’est pas le sens profond du mot qui ne convient pas, c’est sa nuance.

J’aimais l’idée du mot aventure, mais aucun des visuels auxquels je l’associais (grands espaces, extérieurs, plein air) ne se mêlait aisément à ceux des autres mots. Alors, j’ai cherché des synonymes… Et je me suis arrêtée sur un terme un peu plus abstrait : bold, qui signifie « audacieux », « osé », « courageux », mais aussi « gras » (pour les caractères gras).

Et voilà! Après être passée par toutes ces étapes, ces essais et erreurs, je tenais mon ensemble de 5 mots. Je vous les présente ci-dessous, avec leur justification et leur transposition visuelle.

Les 5 mots tonals actuels de Laska

Les mots tonals peuvent ne servir qu’au design. Toutefois, ils vont d’autant plus résonner auprès du public qu’ils sont aussi reflétés dans le contenu de la marque, ainsi que dans l’ensemble de sa communication.

Pour moi, ces mots tonals étaient une occasion de clarifier l’identité de Laska en tant que maison d’édition, de déterminer les valeurs-clés que je voulais mettre explicitement en avant.

Activisme

Je n’ai pas créé les Éditions Laska uniquement pour gagner de l’argent et/ou par amour de l’édition. Si c’était le cas, j’aurais plutôt recherché un emploi dans une maison d’édition existante. C’est donc qu’il y avait autre chose : une volonté de changer la façon dont on fait de l’édition.

Une volonté que j’ai l’intention de rendre concrète à travers le choix des œuvres et des auteur·ices que j’espère publier, la structure et le fonctionnement interne que j’ai retenus pour la suite de Laska, les conditions d’édition que je propose, les ressources et l’accompagnement que je souhaite offrir aux auteur·ices…

Visuellement, ce mot tonal est représenté par des couleurs franches et des contrastes (noir et blanc, rose, vert et bleu assez saturés), des lignes droites et des cadres carrés, la recherche d’impact et de clarté plutôt que de sophistication et de délicatesse.

Exemple visuel du mot "activisme" : titre blanc en majuscules sur fond noir

Art

La littérature de genre est souvent assimilée à une littérature commerciale ou « mainstream », mais ce n’est pas ma démarche. Pour moi, la littérature de genre relève de l’art, autant que n’importe quelle autre littérature. Et c’est dans cet esprit que je compte l’éditer — et non dans le but de plaire au plus grand nombre.

L’aspect artistique est symbolisé par les dessins faits à la main (par Carrie Stephens) et le traitement bicolore des photos : des détails qui ajoutent une touche d’originalité et d’humanité à un ensemble par ailleurs assez sobre, voire sévère.

Exemple visuel du mot "art" : photo bicolore avec dessin superposé

Passion

C’est ce qu’il reste de ma ligne éditoriale d’origine, à savoir la romance…

Plus généralement, j’ai résolu de suivre ma passion, plutôt que les profits. Bien sûr, je n’ai rien contre le fait d’être rentable! Mais je sais d’expérience que mes préférences ne sont pas toujours en phase avec celles du marché. Et, lorsque ce ne sera pas le cas, j’assumerai de rester fidèle aux premières, plutôt que de céder aux secondes.

L’idée de passion se retrouve dans le choix des fleurs, ainsi que dans le rose rouge foncé qui est la couleur principale de Laska.

Exemple visuel du mot "passion" : bouton rose rouge en page d'accueil

Minimalisme

Le minimalisme, c’est privilégier la qualité à la quantité. Faire peu, mais le mieux possible. Et c’est un principe que je compte appliquer à nos publications comme à notre communication.

Visuellement, le minimalisme se traduit par le choix du blanc comme couleur majoritaire, par la palette réduite, dominée par des couleurs neutres (les 3 couleurs vives d’accents correspondent à 3 sections du site et ne seront normalement pas combinées), par l’utilisation de peu de polices de caractères (2) et, enfin, par la discrétion des éléments décoratifs (dans le doute, j’en enlève toujours plutôt que je n’en ajoute!).

Courage

C’est sans doute le mot tonal le moins visuel… Mais, un peu comme le minimalisme, je l’ai choisi comme un guide, une intention à laquelle me référer lorsque j’hésite entre deux options. Faire comme tout le monde, ou oser être différente? Choisir la voie la plus sûre, ou prendre des risques? Me taire, ou ouvrir ma bouche?

Parallèlement à un goût pour l’aventure, j’ai aussi toujours eu un côté « people pleaser » (qui, à mon sens, est plus proche d’une peur du rejet que d’une véritable volonté positive de faire plaisir aux autres…). Alors, ce dernier mot, c’est une façon de me rappeler que toutes les valeurs précédentes ne pourront se réaliser qu’avec une bonne dose de courage.

Article écrit par

Jeanne

Éditrice engagée et multipassionnée.